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Une industrie en rupture ... en 1896 !

August 3, 2013

Lu dans l’almanach Hachette de la vie pratique de l’année 1897, à la rubrique « économie domestique » :

 

Demande : « Je possède une vingtaine de voitures de grande remise, écrit un des plus grands loueurs de voitures d’une grande ville de province. Mes frais d’entretien, de remplacement de ma cavalerie, absorbent presque tout mon bénéfice. Comment pourrais-je atténuer, au moins en partie, les charges qui pèsent si lourdement sur mon exploitation ? »

 

 

Réponse : C’est un fait bien connu que la majeure partie des dépenses signalées, réparations d’essieux, de ressorts, de lanternes, etc… proviennent des chocs, trépidations, chutes qui détériorent rapidement une voiture de service. Même constatation du côté du cheval, qui « s’use » d’autant plus vite qu’il parcourt une route plus cahotée.


La roue en fer jusqu’ici employée procède en effet aux allures vives par bonds successifs, correspondant à chaque saillie du sol à franchir; En réalité, le cheval travaille par démarrages ininterrompus, c’est à dire avec une pratique anormale, fatigue dont le voyageur, balloté et abasourdi, prend sa large part.


On a songé, pour remédier à ces défauts de la locomotion ordinaire, à adapter aux véhicules, quels qu’ils soient – voitures à ou sans chevaux, voitures d’ambulance, d’enfants, de malades – des roues à pneus, comme cela se pratique pour la course à bicyclette.


Les essais, faits dans les premiers mois de 1896, ont été très concluants. Les frais d’entretien et renouvellement d’une voiture, estimés à 2,60 fr par jour par les compagnies, ont baissé de 50 p 100. L’économie de fatigue du cheval a varié de 1/4 à 1/2 ; un cheval qui dure 3 ans dure, avec des roues à pneus, de 4 à 5 ans. Le voyageur, moins incommodé, et qui va plus vite, est plus disposé à prendre une voiture ; il y a donc augmentation de recette ; on a déjà calculé 3 fr. par jour de supplément.


Ce sont toutes considérations sur lesquelles il est bon de réfléchir mûrement et qu’apprécieront tous ceux qui sont compétents en la matière. Ce sont celles qui ont décidé le grand fabriquant de pneus, M.A. Michelin, 7, rue Gounod, à Paris, à faire exécuter dans ses usines de Clermont-Ferrand les nouveaux pneus pour voitures, montés sur roues, avec jantes en bois ou acier, rayons directs ou tangents, dont le prix n’excède pas, pour une voiture à 4 roues, l’économie faite sur les réparations pendant une seule année.


La voiture à pneus a du reste vite pris sa place dans le monde de la carrosserie. Dès que furent connus les résultats des premiers essais faits par un loueur de Paris, M.A. Michelin reçut, dix jours après, un ordre de 25 trains, soit 100 roues, à livrer grande vitesse. Il est donc très probable que dans un délai très limité, les voyageurs n’auront plus enfin à souffrir des désagréables trépidations, bruit de vitres secouées, cahotements, des voitures roulant sur le sol.


Suivant une expression très exacte, les véhicules munis des roues à pneus Michelin fileront sur le pavé avec autant de calme et de repos qu’un bateau sur l’eau tranquille.

 

Cette innovation en rupture est un succès grâce à un modèle économique bien compris. Tout y est : le problème exprimé par un acteur économique (futur client), le diagnostic, l’idée, un périmètre d’application étendu (voitures à ou sans chevaux, voitures d’ambulance, d’enfants, de malades), le compte-rendu d’essais concrets, le chiffrage précis des avantages, le rappel récurrent du bien-être du voyageur (grand public, client in fine), l’insistante répétition du mot pneu en italique (le produit, décliné avec ses options), la mise en correspondance convaincante du coût de la solution avec les bénéfices attendus, enfin la petite histoire d’un premier succès commercial spectaculaire, avant la conclusion tout entière dédiée au voyageur – ultime bénéficiaire de l’innovation.

 

En 2013, il y a une multitude de pneus potentiels. Pour qu’ils aient la même histoire que le produit de Michelin, il est d’abord nécessaire de savoir brosser un modèle économique aussi convaincant. Un pari ? Nous en faisons au moins trois : d’abord Google mettant toute sa science et sa masse de données relatives aux comportements et aux attentes du client dans un projet d’assurance dommages (encore à l’état de comparateur, mais gageons que cela ira plus loin), ensuite l’un des robots d’assistance aux personnes âgées développé par des universités et des entreprises japonaises ou allemandes qui réussira bientôt à proposer un triptyque coût / utilité / acceptabilité en phase avec les attentes d’un marché senior mécaniquement en forte croissance (rien n’est plus puissant que le bulldozer démographique), enfin un projet encore inconnu du grand public, porté par un patron de PME passionné, qui n’a besoin que d’un bon modèle économique bien compris pour décoller …

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