À la recherche d'Amalia D.

 

À la recherche d'Amalia D.

Un roman de Bertrand Ploquin

Que vous dire à propos d’Amalia D. ? C’est une actrice. On n’en parle pas, on la regarde jouer.


C’est en ces termes que Franck, 12 ans, pourrait exprimer son admiration pour Amalia D. une fois devenu adulte. Pour l’heure il en est encore à se battre contre une maladie insidieuse que seule la perspective d’une rencontre avec l’idole lui permettrait d’oublier. Aussi ses trois meilleurs copains, mus par une amitié instinctive et une assurance fondée sur leur naïveté et leur inexpérience, lui promettent de réaliser son rêve quel qu’en soit le prix. Inconscients des difficultés qui les attendent – barrages dressés par l’agence artistique de l’actrice, concurrence avec une armée de fans anonymes, indifférence des adultes - ils s’attaquent à chaque nouvel obstacle avec la même énergie, tendus vers un seul but : rencontrer Amalia D.

ISBN 978-2-493533-00-5

210 pages, 130 x 210 mm

Amalia
 
Bertrand Ploquin

L'auteur

Après le succès d’AF 17 pour New York (finaliste du Prix Littér’Halles de la Nouvelle de Decize, sélection du Prix du premier recueil de nouvelles de la SGDL), Bertrand Ploquin récidive avec un magnifique premier roman. Son témoignage : Je portais ce livre en moi depuis longtemps, une ode à l’amitié authentique (en existerait-il d’autres ?), à ces relations nées pendant l’enfance ou l’adolescence et capables de durer toute une vie. Bertrand est en effet très fidèle en amitié et démontre par l'exemple qu'elle (l'amitié) n'est pas moins capable de déplacer des montagnes que l'amour. Voir la vidéo du webinaire de lancement.

 

Extrait

« J’espère que tu l’as pas déjà », j’ai dit.

 

Voilà ce qu'il s’est passé : c’était l’anniversaire de Franck. Est-ce qu’on aurait fait les choses différemment sans ça ? Pas sûr. D’abord parce que personne ne pouvait savoir que ce serait son dernier anniversaire. Il y avait un « 12 » gigantesque qui flottait au plafond, deux ballons de baudruche jaunes gonflés à l’hélium, où à l’espoir, allez savoir. Et puis parce que personne à douze ans n’a le droit de se poser la question de savoir s’il connaîtra la joie d’avoir treize ans. Sauf Franck. 

C’était le genre à ne pas avoir de défaut. Le type sain. Je me souviens à quel point ça m’avait marqué, justement, lors de mon entrée au collège. Un garçon tout de suite agréable alors que nous étions tous plus ou moins perclus de complexes, de boutons pubères ou d’énergie mal contenue. Mais Franck, non. Après coup, aujourd’hui je crois que si je le croisais en soirée je serais désarçonné par l’absence évidente de névrose. Il y a toujours, chez les gens qu’on rencontre pour la première fois, un trait de caractère particulier, disons une aura, qui trahit un secret. Un comportement excessif qui voudrait masquer un manque, ou bien un excès de discrétion pour ne surtout pas attirer l’attention, une attention qui aura laissé des traces dès l’enfance, ou bien encore des gestes, des postures, des comportements qui sont les stigmates d’une peur, d’un trauma, d’une expérience douloureuse de ce qu’il faut bien appeler la vie. Ça, ce sont des choses qui, moi, me sautent aux yeux. Mais déjà, en septembre de cette année de début de millénaire, lorsque j’ai vu Franck pour la première fois, j’ai été troublé comme je le serais aujourd’hui de ne rien voir d’autre qu’une lumière, même pas aveuglante, juste limpide, douce, profonde, nette, sans tremblement : pure. Une lumière qui vous renvoyait à vos ombres. À vos luttes. À vos complexes, même inconscients. J’avais été suffisamment impressionné pour ne pas bien comprendre pourquoi ce garçon était venu me voir un jour dans la cour avec sa franchise calme, une franchise qui résonnait comme du cuivre : en douceur, en chaleur, en reflets qui vous réconfortaient. Sa démarche vis-à-vis de moi ne relevait d’aucun mystère, aucune intention cachée. Simplement, il m’aimait bien. Depuis les prémices de mon adolescence je craignais qu’on me perce à jour, qu’on découvre que j’étais profondément timide et surtout qu’on me le reproche, ou pire, qu’on s’en serve contre moi. Je craignais ce moment où on me pousserait en avant devant une foule inconnue en me disant « allez, parle, enfin ! Ça va te faire du bien, il faut que tu dépasses cette timidité Bertrand, c’est totalement stupide ! » Et puis j’avais peur de me faire remarquer, j’avais peur de n’être à la hauteur de rien, de ne jamais plaire aux filles, de ne jamais satisfaire la fierté de mes parents, les attentes de mes institutrices et mille petits complexes encore qui faisaient de moi, somme toute, un enfant comme les autres. Franck, à l’évidence, ça n’était pas les complexes qui le freinaient. Alors oui, ça m’avait troublé, je me demandais bien ce que ce type me voulait, et le simple fait qu’il me parle exigeait de ma part de relever un challenge : qu’il ne regrette pas son intérêt pour moi, aussi soudain qu’incongru. 

Franck n’était pas un leader. Ça n’était pas le type qui haranguait la foule pour la motiver à se battre ou à aller voter. Ça n’était pas un tribun. Son charisme incroyable, il le tenait de sa tranquillité. Une assurance sereine, une paix intérieure qui semblait pouvoir résister à tous les coups. Une sagesse. Il l’accommodait avec un humour fin, loin des plaisanteries graveleuses et bancales des adolescents de notre âge. Si l’on a l’âge de ses hormones, alors Franck devait puiser les siennes dans les profondeurs du jadis, à une époque où l’humour n’était pas une arme de combat pour les polards, comme moi, qui n’avaient pas les poings assez fermes pour casser des figures dans la cour de récré mais où les mots avaient une étoffe, une dimension épaisse et palpable. Pas des fléchettes de bar, mais des vallées, des monts, des chemins frais soufflés au vent. Non, il n’était décidément pas de la même époque que nous, ni de la même facture. Les garçons de ma classe étaient des buzzers de jeu télé, lui était un violon. Moi, un ukulélé. Symbole de mon ambition.

 

Bertrand et son livre en 40 secondes

L'auteur nous parle d 'amitié, les tout premiers exemplaires du livre à la main

 

La veine du livre

À la poursuite d’Amalia D. fait écho à l’ambiance du film Coup de foudre à Notting Hill, ambiance créée par le projet d’un groupe de copains d’aider un des leurs à surmonter une difficulté majeure, même si l’univers préadolescent et la nature dramatique du projet l’en distinguent nettement.

Le livre évoque aussi par son style direct et réaliste la non moins mythique guerre des boutons de Louis Pergaud.

 

Webinaire de lancement

Interview

 

Le mot de l'éditeur

Voilà un magnifique roman initiatique où l'amitié, à l'instar de l'amour, soulève des montagnes. Sincère, authentique, le ton du livre a le don de faire s'évader lectrices et lecteurs, de leur permettre de s'identifier à ces mômes persuadés que rien n'est impossible, et surtout pas le projet de rencontrer leur actrice préférée. Touchante et juste, cette quête a priori insensée est inspirée par une histoire vraie.

On se prend à imaginer quelle actrice peut bien se cacher dans la tête de l'auteur, actrice véritable s'entend. Il y a bien quelques Amalia célèbres, notamment une certaine Amalia Rodrigues, mais elle oeuvrait dans le registre du fado, chanteuse et non comédienne. Non, la véritable source d'inspiration de Bertrand Ploquin doit porter un autre prénom. À chaque lecteur de trouver celle qui dans la réalité ressemble le plus au modèle du livre, et qui sait, celle qui l'incarnerait le mieux à l'écran. 

 

Témoignage de l'auteur

Bertrand Ploquin dévoile la veine du livre.