Carlos Alcaraz, océan rouge ou océan bleu ?

Dernière mise à jour : 10 mai

L'émergence d'un tennisman précoce battant tous les records appelle de nombreux commentaires. Quand à 19 ans on bat trois top ten d'affilée pour remporter le tournoi de Madrid à moins d'un mois de l'ouverture de Roland Garros, forcément, on se demande ce qui se passe, ce qui a changé. Voici une hypothèse : il a simplement travaillé chaque coup à la façon du modèle du genre, empruntant son déplacement au grand Borg, un revers à deux mains trouvant des angles d'une agressivité folle à un Robin Soderling, un coup droit à patte d'un Mécir, d'un Nastase ou d'un Connors, un revers slicé à la Graf, ses amorties à Federer, bref, il ne peut pas perdre.


Osons un parallèle avec un sujet qui nous occupe souvent, à savoir le choix entre une stratégie de décalage (océan bleu) et une stratégie conventionnelle (océan rouge). Alacaraz adopte une stratégie double : il est à la fois dans l'océan rouge hyperconcurrentiel du tennis de haut niveau, avec ses règles (qu'il observe comme les autres, sans introduire de nouveauté claire comme pouvait l'être en son temps le fosbury en saut en hauteur par exemple), et dans l'océan bleu de son programme d'entrainement unique, lequel consiste à égaler puis surpasser chaque référence du jeu, coup par coup, méthodiquement* et, pourrait-on dire, sans se poser de question. C'est une des caractéristiques des grandes options en rupture que de ne pas se poser trop de questions et de foncer, sûr du bien-fondé de son raisonnement et de son intuition.


*en matière de SEO, on appellerait ce type de stratégie une stratégie SkyScraper.


En ces temps de pandémie et de guerre*, comment sans paraître indécent parler de sport, d'un spectacle protégé dans un théâtre éloigné des drames ? Le problème est analogue à celui de l'art en général. Si les grands créateurs mobilisaient tous leurs talents au service de nobles causes, seraient-ils efficaces ? Ou le sont-ils plus en gagnant leur notoriété là où ils savent le faire et en en profitant pour faire sonner leur caisse de résonance dans le sens de la justice et de la paix ?


* Noter que le monde est toujours, en tous temps, en situation de pandémie et de guerre. Ce sont l'ampleur et le retentissement des deux fléaux qui changent aujourd'hui.


Si la terre battue de Roland Garros est rouge et le Laykold de l'US Open est bleu, rien ne permet de dire qu'une des deux surfaces est plus favorable au jeune prodige. Comme ses modèles sont aussi bien des attaquants que des défenseurs, des crocodiles que des volleyeurs ventre au filet, des faiseurs de ronds que des joueurs à plat, il peut réussir partout. A quand un grand chelem récurrent à la Rod Laver ?


Lire aussi : Rugby et management, de l'école de rugby à l'entreprise.


A vos commentaires !

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