• Chris

C'est la beauté qui sauvera le monde ?

Mis à jour : avr. 16

C’est inspirés par cette citation extraite de l’Idiot de Dostoïevski que nous souhaitons débuter un nouveau chapitre de notre développement : la création d'une maison d'édition de littérature qui fera toute sa place à la beauté et à l'impact de cette beauté sur le destin des hommes. Comme le héros de l'oeuvre lui-même, le prince Muichkine, notre projet revendique une certaine naïveté tant il est hasardeux de créer une maison d'édition aujourd'hui. Pourtant nous sentons qu'il est possible d'inventer quelque-chose de nouveau, de lucide, de sensé, d'empathique, en faisant irruption dans le monde des lettres comme le prince fait irruption dans la société complexe de Saint-Petesbourg après son retour de Suisse.


Le roman a commencé à paraître en feuilletons, aussi nous envisageons de produire des textes courts adaptés à ce format en exploitant les possibilités qu'offrent la technologie de notre siècle, notamment le canal du blog. Le style narratif alternant périodes de lucidité et moments de désarroi condamne le lecteur à vivre l'histoire pour tenter de comprendre ce qui lui arrive, en s'identifiant totalement au héros, en faisant preuve d'empathie. Nous souhaitons faire vivre à nos lecteurs une histoire, quelle qu'en soit le genre littéraire, roman, nouvelle, poésie, théâtre, essai, témoignage, biographie, bande dessinée, pour s'évader de leur quotidien. Le prince Muichkine sauvera le monde. La beauté sauvera le monde.


L'argent est lui aussi un thème omniprésent dans le livre, convoyant toutes les perversions possibles et rappelant avec une rare acuité qu'il faut manger et trouver son toit chaque jour. L'exploitation du thème culmine avec des scènes d'anthologie, dont le marchandage public d'une femme pressée de trouver un mari par son tuteur et l'introduction in-extremis de la beauté grâce à une initiative bienvenue du prince. Nous parlerons d'argent, nos auteurs parleront d'argent, en cherchant des angles inédits, des formes cocasses, des façons de relativiser son importance tout en rappelant sa nécessité, en maniant l'humour aussi.


Enfin l'amour, les amours sont le ressort ultime de l'histoire. Il est impensable d'imaginer un livre sorti de notre maison d'édition sans idylle, sans passion ou sans quête amoureuse. Ces mots sont pris au sens large, comme chez Dostoïevski, car les motivations et les chemins qui y mènent sont si variés que l'on s'y perd avec délices. Mais nous ne souhaitons pas convoquer autant de personnages, nous préférons mettre en scène quelques caractères bien identifiés, simples ou complexes, centraux donc peu nombreux. Pourquoi ? Pour faire plus court, parce que l'Idiot est une oeuvre longue, très longue, et que si l'idée du roman feuilleton nous séduit, sa déclinaison interminable ne convient pas à notre époque et à nos lecteurs potentiels. A ce stade, nous faisons donc deux entorses à notre logique fondatrice, à mettre en regard des nombreux principes inspirés de l'œuvre que nous avons cités ci-dessus. Cela ne devrait pas empêcher la beauté de sauver le monde.


C’est donc avec cette citation extraite de l’Idiot de Dostoïevski que je souhaite commencer ce message de voeux pour la nouvelle année et donner son identité à ce projet de création d'une maison d'édition. Or jamais de mémoire d'éditeur la communication n’a été aussi importante pour entreprendre. Avec de petits moyens, il est possible aujourd’hui de créer des univers esthétiques d’une originalité et d’une qualité qui confinent à l’art. Ou tout au moins à l’artisanat d’art. Pour concevoir des images, des sons, des parfums, des films, des objets connectés, des symboles, des dessins adaptés, il faut savoir d’où l’on vient et ou l’on va. La réussite d’un éditeur dépend donc beaucoup de son histoire et de son identité, comme elle dépend de ses capacités, de ses savoir-faire, du potentiel que recèle sa ligne éditoriale, des opportunités de création de nouveaux univers littéraires qui se présentent, enfin des envies et des charismes des personnes qui travaillent là.


Dépassons les simples tendances et les lieux communs, fussent-ils inspirés, pour inventer vraiment dans le respect d'une identité forte. En cette période hivernale, prenons exemple sur Picasso et Apollinaire qui, transis dans leur atelier de la butte Montmartre, réinventaient l’art il y a un peu plus d’un siècle, les mitaines aux mains. Comme eux il faut ressentir, certes, mais comme eux il faut aussi raisonner, poser des hypothèses, construire des scénarios, tendre vers des conclusions, puis recommencer sans cesse en écoutant le monde, en bénéficiant de tout ce que les autres nous transmettent, année après année, expérience après expérience. Bref, il faut écrire, car sinon comment consolider ces scénarios d'avenir ? Comment s’en souvenir dans dix ans, continuer à s'inscrire durablement dans un univers à la Dostoïevski cultivant originalité, fluidité et lucidité, réconciliant inlassablement esprit de géométrie et esprit de finesse ?

Alors oui, l’an prochain, la beauté peut sauver le monde. A condition que beauté rime non seulement avec sensibilité, mais aussi, ni plus ni moins, avec lucidité.


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