• Chris

La vision d'avenir du vigneron

Mis à jour : oct. 6

Fin septembre 2020, Marie et Joseph (sic) viennent de vendanger leur domaine dans le Menetou Salon. Leur jus est à l’abri, contrôlé avec soin deux fois par semaine par un oenologue chevronné et tous les jours par les propriétaires eux-mêmes. Leur dernière cuvée s’appelle Valentine, du nom de leur fille née en 2019, tout comme le raisin à l’origine de ce vin remarquable. Pour l’élaborer ils ont testé plusieurs dosages, confronté leur choix au nez d’amis de passage, enfin stocké le nectar dans un tonneau hors d’âge. Covid ou pas covid, le vin est bon. Il nait d’une cohérence entre la poésie d’un terroir chantée par Joseph, une tendance durable confirmée par la conversion bio en cours et le label Terra Vitis déjà obtenu, la chaleur de l’accueil fait aux visiteurs invités à partager un « temps à la vigne » et une quête permanente de beauté, de nature, de simplicité et de spontanéité.



Début octobre, il s’agit de préparer l’hiver, en décembre il faudra préparer le printemps, en mars on préparera l’été et une boucle sera bouclée, en attendant la suivante. Avant l’été, ils ont mis au point avec le cabinet de conseil Scenent une stratégie de valorisation pour les années à venir. Le premier enjeu est de partager le plus possible cette cohérence vécue au quotidien en la reflétant dans la marque. Ainsi "Jacolin Saint-Céols" est en train de devenir "Vignobles de Maistre », du nom de Marie, Joseph et … Valentine. Le deuxième est de bien identifier les différents terroirs au sein de leurs 13 hectares pour annoncer cette différence sur l'étiquette et séduire des palais et des nez différents, tout en restant fidèle aux canons de l’appellation. Car ces terres sont le berceau du cépage Sauvignon et donnent au vin une touche unique, véritable signature reconnaissable entre mille. La nouvelle identité, qui en réalité ne fait que poser sur le papier, par le texte et l’image, la traduction de ce que cette famille vit au quotidien, va ainsi envahir progressivement toute leur signalétique, physique et virtuelle, locale et globale. Les amis de la marque, déjà très nombreux, vont être invités à relayer le message. Pour cela, il leur faut d’abord le comprendre intimement, donc boire les nouvelles cuvées avec autant de perspicacité que de modération. Pourquoi ne pas le faire à l’occasion d’un des évènements culturels en cours de préparation pour la prochaine belle saison ? Théâtre et musique à la vigne, pour le plus grand bonheur à la fois des artistes privés de salles et des spectateurs exposés au grand air.


Une transformation douce est à l’oeuvre. Certains changements sont rapides, d’autres plus lents, mais chacun s’y retrouve. Les habitués reconnaissent la patte du vin et affinent leur connaissance du terroir, les nouveaux le découvrent en marchant, conscients d’être au début de quelque-chose. Cette crise sanitaire a le don de tuer ou d’accélérer les tendances. L’envie de nature est clairement une tendance en cours d'accélération, stimulée par l’évènement. Les propriétaires du domaine inscrivent leur projet dans la durée, sont des passeurs, ont pour objectif de transmettre un jour leur terre aux prochaines générations, là-bas, quelque-part entre Bourges et Sancerre, là où Jacques Coeur a réinventé l’économie française il y a six siècles, contribuant si l’on en croit Jean-Christophe Ruffin, auteur d’une de ses biographies, à mettre fin à la guerre de cent ans.


Quelles leçons tirer de cette histoire ? En ces temps différents(*), il faut continuer à anticiper. Pas comme si de rien n’était, non, car les temps sont, on l’a dit, différents. Faut-il pour autant anticiper de façon différente ? Il y a toujours une vision souhaitable, une envie de futur, que l’on confronte à une réalité, à des études, à des avis, à des calculs même, puis une solution émerge, un schéma de fonctionnement avec des acteurs, des hypothèses et des scénarios de valorisation. Enfin une direction est prise, les deux mains sur le gouvernail, oscillant au gré de l’évolution des hypothèses de départ, prêtes à virer de bord avec agilité au moindre signe de changement imprévu de force du vent, de degré d’humidité dans l’air, de trajectoire des autres bateaux, d'attractivité du pays où l’on se rend, de clarté des étoiles ou d’humeur d’un coéquipier. Rien n’a changé, sinon la situation de départ. Si la plupart ont pris des ris à temps, certains ont cassé leur mat dès la sortie du port. Pour ces derniers, la métaphore du bateau et du cap tombe à l’eau. Il faut en trouver une autre. L’univers de la vigne, peut-être ?


Hors métaphores, de nos jours la première étape est peut-être un hôpital pour soigner ou se soigner, une ville fermée, une maison entrainée par les flots, un chiffre d’affaires en chute libre ou un agenda saturé par le devoir de porter secours. Notre nature humaine nous conduit pourtant à envisager les étapes suivantes, même si elles sont fortement contraintes par la première. On sème des graines pour l’avenir, on prend du recul, on observe, on se réinvente, on donne le temps au temps : cela ressemble fort à un travail de viticulteur élevant sa vigne dans la durée.


Chris



(*) nous préférons « différents" à « compliqués", « incertains", ou « difficiles" car les temps qui nous précèdent et ceux qui nous attendent ont eux aussi leur lot de complexité, d’incertitude et de difficulté.

 

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