• Chris

Pivoter en temps de crise : le cas du K

Mis à jour : il y a 6 jours

Nous sommes censés sortir de la crise en K*, c'est à dire que certains devraient prospérer en suivant la barre montante du "K", alors que les autres perdraient du terrain en glissant le long de sa barre descendante. L'image de la lettre "K" cherche à traduire l'écart de performance de plus en plus grand existant entre les entreprises préparées à cette crise et celles qui ne le sont pas. La maturité numérique des organisations et des individus serait un critère important pour déterminer le chemin qui leur est destiné. Zut alors ! Cela signifierait-il qu'il n'y a aucun espoir de créer une barre horizontale, un juste milieu entre deux eaux, ni prospère ni précaire, "procaire" ou "prépère" donc ? Il faut se rendre à l'évidence. Même en parcourant des alphabets riches tels que le hongrois ou le tchèque, on ne trouve pas de K barré horizontalement.



* cf un exemple d'article en français sur la mode de la sortie en K - Il en existe bien d'autres sur les blogs économiques en tous genres et en toutes langues. Les entreprises qui mettent en oeuvre une stratégie de différenciation claire et adaptée aux nouvelles conditions de marché suivent donc la barre montante. Pourquoi ne pas imaginer que toutes les entreprises, à condition de déterminer les stratégies de différenciation qui leur conviennent, ont en réalité une chance de suivre le même chemin ? Le "K" deviendrait alors une espèce de "Y".


Plutôt que de polémiquer sur le sujet, intéressons-nous à un K littéraire, celui de Dino Buzzati, journaliste et écrivain qui a marqué son temps et fait le bonheur des éditeurs. Pour le vénérable auteur italien, le K est dans la nouvelle éponyme un monstre marin qui poursuit un jeune garçon dans un univers fantastique, mais est aussi le titre donné au recueil paru en 1966 dont cette nouvelle est tirée. La métaphore de la crise-monstre poursuivant les jeunes générations, tentant en vain de confisquer leurs espérances, n'est pas loin. Dino ne pense pas à une crise sanitaire quand il écrit ce livre, mais aux deux guerres qu'il a vécues. On se demande comment, d'ailleurs, il a traversé la deuxième en tant que correspondant de guerre sans jamais être impliqué dans une affaire politique nauséabonde. Il semblerait que ce soit grâce à la même technique que celle qu'il emploie dans ses fictions : le glissement vers des univers inventés, invraisemblables au sens strict du terme, mais pleins de sens. Il évite les confrontations dites sérieuses en imaginant des mondes imagés, ce qui ne l'empêche pas de résister, mais avec un but qui dépasse le seul objectif de vaincre la bête.


Pourquoi n'en ferait-on pas autant ? Pourquoi ne pas adopter la posture du correspondant de guerre témoin du pire et auteur du meilleur ? Pourquoi ne pas se projeter et créer de nouveaux modèles économiques et sociétaux afin d'avoir au moins une cible, à défaut de solutions durables à court terme, sans pour autant négliger la nécessité de gérer ledit court terme. Pour visualiser l'effet d'une stratégie de différenciation avant même de l'avoir conçue, une méthode parmi d'autres consiste à observer ce qui fonctionne le moins et d'en prendre systématiquement la contraposée. Cela s'appelle pivoter. Un exemple ? Soyons ambitieux, raisonnons à l'échelle de l'Europe et commençons par ce qui ne fonctionne pas : les inversions de courbes (dette, chômage des jeunes, déséquilibre entre les budgets des pays du nord et de ceux du sud), la diplomatie (mésentente avec Londres, Ankara, ... ) et la préservation de notre écosystème (les entreprises cherchent surtout à survivre et pensent un peu moins fort à leurs objectifs de réduction d'émission de CO2). Imaginons une autre Europe où la dette serait maîtrisée, où la tranche des 20 - 30 ans connaitrait le plein emploi, où pays du nord et pays du sud joindraient leurs forces pour inventer une nouvelle écologie responsable et efficace (vive l'hydrogène ?), une Europe qui constituerait un modèle pour les pays périphériques et au-delà. En visualisant cette cible, on en déduit les leviers de stabilité correspondants, et parmi eux le plus important : la capacité à investir, de manière ciblée, en maîtrisant dans la durée la persistance de l'effort dans une direction stratégique durable (pléonasme), c'est à dire pour maintenir le bon niveau de formation et d'encadrement des jeunes, pour diminuer les factures énergétiques, pour mettre en oeuvre une diplomatie concertée puissante en ne lâchant rien sur l'importance du nouveau modèle européen et de ses fondamentaux. Ceci démontre au moins une chose : laisser filer la dette est une catastrophe car même si l'on parvenait à créer cette Europe-là, on ne serait pas capable de la conserver en l'état ; le système serait éminemment instable. La mode de la "théorie monétaire moderne" ou "TMM" est donc une aberration, car son soit-disant succès repose sur un écart entre des taux d'intérêts bas et une croissance soutenue qui n'a aucune raison de durer si la dette sert à fonctionner et non à investir.


Ce qui est vrai de l'Europe est vrai à l'échelle d'une entreprise. Le PGE doit servir à investir et non à fonctionner. Il est urgent de trouver sa nouvelle cible si la précédente devient inatteignable. Cela s'appelle pivoter.


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