• Chris

Une vision de l'économie du livre en 2027 - Partie III

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Après avoir laissé s'exprimer un jeune artiste prometteur, auteur en herbe, donnons la parole à un entrepreneur chevronné. Thameur Hemdane est un découvreur. Créateur d'une plate-forme de financement participatif d'un nouveau genre, conseil en innovation, il pense, agit et respire pour adapter nos façons de vivre aux enjeux de demain. Ses propos nous bousculent, nous forcent à mieux étayer nos convictions et à envisager de nouvelles pistes pour l'avenir.



Scenent : Thameur, quelle est ta pensée réflexe lorsqu’on te parle de l’avenir du livre ?


Thameur : Qu’est-ce qu’un livre ? Quelle en est, quelle en sera la définition ? Il sera probablement plus contenant que contenu.


Scenent : veux-tu dire que le livre sera un espace où des écrivants s’exprimeront, et non plus seulement des écrivains ?


Thameur : au risque de te choquer, car je sais que tu es éditeur, le rapport entre écrivant et lecteur devient de plus en plus direct. Je considère donc ce mot, écrivant, comme tout à fait important dans la perspective d’un univers littéraire plus ouvert qu’il n’est aujourd’hui.


Scenent : quid de la qualité ?


Thameur : la qualité finit toujours par vaincre. La façon dont elle émerge, en revanche, va changer. Le livre sera à la fois la même chose, une expérience, un apprentissage, comme aujourd’hui par les yeux, par les mains ensuite, et autre chose, une co-création plus explicite.


Scenent : une nouvelle version du « livre dont vous êtes le héros » ?


Thameur : oui, c’est pour moi une évidence. Le lecteur fera partie de l’expérience, il composera son parcours d’apprentissage en fonction d’envies, d’options variées, pas seulement des symboles d’écriture auxquels nous sommes habitués, mais de types de représentations bien plus diversifiés … ça va apporter de l’intensité à l’expérience.


Scenent : nous pensons que le principe d'un texte proposé par un auteur à ses lecteurs survivra et prendra même de plus en plus d’importance. En revanche ce texte sera de plus en plus consommé après transformation en série interactive, en spectacle vivant ou en jeu vidéo. Ces univers paramétrables dont tu parles resteront donc avant tout des textes conçus avec soin, que des passionnés et des professionnels continueront à apprécier sous leur forme originelle. Par exemple, un succès sur une plate-forme de jeu en ligne est d'abord un bon texte, un bon scénario (on appelle ça un "univers" dans le monde du jeu vidéo), de bons dialogues, un bon script et un bon dossier de projet. Dans une telle perspective, la grande question est de savoir quelle sera la proportion de ces passionnés et professionnels qui continueront à lire, qui voudront continuer à "surcréer", c'est à dire s'approprier un texte seul ou en groupe pour s'envoler vers de nouvelles frontières fictionnelles, conceptuelles ou pratiques en fonction du genre de l'oeuvre.


Thameur : Gallimard, Flammarion et Grasset vont disparaitre.


Scenent : ils peuvent s'adapter. Déjà aujourd'hui ils conçoivent leurs catalogues comme un savant assemblage de titres propres à séduire des publics variés. Ils segmentent leurs collections en fonction d'une connaissance intime des attentes des lecteurs. Ils prennent des risques avec quelques oeuvres difficiles, ces risques étant compensés par la publication d'un grand nombre d'oeuvres plus abordables.


Thameur : Les anciens champions de l’ancienne économie ne sont plus là. Kodak et Fuji ont disparu au profit d’Apple et de Samsung. Ou alors il faut qu’ils anticipent. L’écosystème de la distribution va jouer un rôle très important. Ceux qui vont présenter le contenu aux personnes auront le pouvoir.


Scenent : c’est déjà le cas. Les éditeurs dotés d’un distributeur efficace implanté sur un territoire large dominent le marché. Et il s’agit, justement, des grands noms que tu cites (Gallimard, ...) qui ont toutes les chances de durer, à condition qu'il reste un public de lecteurs, bien entendu, pour prendre du recul grâce à des mots écrits dans un certain ordre, pour qui intensité ne rimera pas forcément avec rapidité, instantanéité et fugacité. 


Thameur : Le contenu génère de la donnée. J’informe celui qui m’a donné le contenu : voici mes préférences. Les distributeurs vont monétiser ça. Plus la consommation sera intense, plus la donnée sera produite, plus les producteurs de contenu en tireront profit. Faisons le parallèle avec Netflix. La donne a changé. Nous sommes passés à un modèle de commande. Les distributeurs deviennent des donneurs d’ordre « artistiques » inspirés par les consommateurs et leurs comportements dûment scrutés.


Scenent : autre sujet - quel est l'avenir des liseuses ?


Thameur : la liseuse ne changera rien. Elle va disparaitre à l'instar du téléphone, car l'un comme l'autre vont devenir encombrants. Nous avons trop d'objets à transporter dans nos poches. La réalité augmentée en revanche a de l'avenir. Elle va se substituer à tout ça.


Scenent : est-ce la fin de la distinction entre les arts ? La grande convergence entre les différentes formes artistiques au profit de cette réalité augmentée ?


Thameur : nous connaitrons de plus en plus de formes artistiques nouvelles.


Scenent : nous connaissons déjà le huitième, le neuvième, le dixième art … medias, bande dessinée, jeu vidéo, … cela n’a pas tué le livre. Les éditeurs défendent leurs droits et ceux des auteurs, certes d’une manière de plus en plus complexe et globale.


Thameur : dans une économie du livre désintermédiée et transmedia, à qui appartiennent vraiment les droits ?


Scenent : on peut en effet se demander, par exemple, à qui appartiennent les droits de ce livre co-écrit par des chercheurs et par un robot au Japon (sélectionné parmi les finalistes d’une concours littéraire) ?


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